Marion Legrand, la motivation dans les gênes.


Après des années tournées vers l’athlétisme, Marion, vendeuse à la Boutique Marathon, a trouvé dans le duathlon et le triathlon de nouveaux challenges. Rencontre avec une compétitrice passionnée de 24 ans qui met toutes les chances de son côté pour atteindre ses objectifs.


Marion à l'arrivée des championnats d'Europe de Cross 2011 à Velenje (Credit : Gettyimages)


La silhouette est fine et élancée, les jambes fuselées. Pas de doute lorsque l'on rencontre Marion, on sait vite qu'elle est "taillée" pour la course. Certains diraient même qu'elle est sans doute née pour courir. Sa parenté, sa génétique devrait en attester : un père international de demi-fond, aux records gravés sur les tablettes à 13'35 sur 5000 mètres et 28'26" sur 10 000 m, une mère plusieurs fois championne de France de saut en longueur.


Reste qu'entre ce don de la nature et l'athlète de haut-niveau qu'elle est devenue, Marion affirme haut et fort que ce sont bien les efforts consentis pour cultiver le premier qui sont la véritable cause du second. C'est aussi une véritable détermination que l'on lit dans son regard.


Une motivation profonde qui se traduit aujourd’hui par une vie tournée vers le sport : Marion travaille à mi-temps à la Boutique Marathon, “un emploi qui m’intéresse et m’offre l’occasion de rencontrer différents pratiquants et d’échanger autour de ma passion de la course”, mais le reste de son emploi du temps est centrée sur l’entraînement. La jeune femme de 24 ans a ainsi tourné le dos à son métier de podologue pour mieux se consacrer à sa vie sportive. Une trajectoire qui s’inscrit pleinement dans une ligne de vie engagée il y a déjà longtemps.


Des débuts prometteurs


Si dès ses premières années son enfance fut bercée par le sport au contact notamment d’un père pour qui la course à pied est une religion, la petite Marion ne s’était pas tournée si vite vers l’effort pédestre, ses parents veillant à ne pas la pousser trop tôt dans le bain athlétique, malgré son envie. Mais lorsqu’elle doit renoncer à une compétition de judo pour cause de doigt cassé à l’âge de dix ans, elle convainc ses parents de l’inscrire aux championnats des Haut de Seine de cross. Les premières pointes sont achetées la veille à la Boutique Marathon. Le lendemain, Marion remporte sa première victoire en course. Son père, Philippe, cède alors : elle pourra s’adonner à l’athlétisme.


C’est d’ailleurs sous la houlette de Philippe, dans son club des White Harriers de Suresnes, qu’elle construit ses premières années de progression athlétique. Après avoir encore touché à toutes les disciplines dans les plus petites catégories, Marion commence naturellement à se spécialiser en cadette : c’est bien sûr le demi-fond où elle brille le plus. Qualification aux championnats de France de cross, puis l’été sur 1500 m.



Marion a décroché son premier titre de championne de France de Duathlon dans la catégorie Senior 1 en 2016.


Une belle progression linéaire s’engage. L’adolescente décide un peu plus tard de changer de club et de ne plus être entraînée par son père, car la “relation devenait difficile. Mon père est un grand passionné et tout dans sa vie tournait autour de la course à pied. Il avait donc tendance à être trop pointilleux dans tous les aspects de ma vie, ce qui m’énervait. Enfin c’est l’évolution classique d’une relation père/fille qui du coup ne correspondait plus à celle d’entraîneur/entraînée. J’avais besoin d’une nouvelle collaboration et d’un nouvel encadrement pour continuer à progresser”. Elle rejoint donc l’Athlé 78 et suit les conseils de Ahmed Si Lakhal. C’est là qu’elle décrochera sa première sélection en équipe de France, pour les championnats d’Europe de cross, en 2011. A l’époque, elle doit jongler entre entraînements et ses études en podologie. Mais déjà, la détermination est là.


Jusqu’à l’excès


Une motivation qui basculera sans doute dans l’excès deux ans plus tard, lorsque des évènement familiaux (consécutifs au décès de sa soeur jumelle, polyhandicapée de naissance) et des peines de coeur la conduisent à se focaliser encore plus sur l’athlétisme. Elle raconte :  “J’ai beaucoup misé sur la course à pied comme le reste n’allait pas bien… Je me suis mise à m’entraîner dur et cela a d’abord payé puisque j’ai réalisé 35’ 05” sur 10 kms, alors la meilleure performance française en espoir. Mais c’était trop. Un peu plus tard, je me suis blessée et j’ai fait un vrai burn out. Je n’ai plus fait du tout de sport pendant cinq mois, un truc impensable pour moi ! Puis petit à petit je me suis remise d’aplomb, j’ai recommencé doucement par du vélo, avec mon père. Cela nous a rapproché, a apaisé notre relation.”


Les envies de compétition reviennent cependant assez vite. Marion se tourne alors vers le triathlon, à la recherche d’un nouvel effort et d’un autre équilibre. “Le vélo me plaisait bien, c’est un effort différent et une nouvelle recherche. Du coup je me suis dit que le triathlon pouvait m’offrir un nouveau challenge, où je pouvais bénéficier de mes acquis en course à pied tout en découvrant de nouvelles choses, une autre ambiance aussi. Je ne voulais pas retourner à l’athlétisme, j’avais besoin de changer après cet épisode difficile” se confie t elle.


Les nouveaux défis du Triathlon


Nouvelle discipline, nouveau club et nouveau cadre d’entraînement, la jeune Marion s’est donc vite remise en selle, c’est le cas de le dire, pour décrocher rapidement des résultats prometteurs. En duathlon d’abord, où ses qualités s’expriment pleinement. Elle évolue depuis deux saisons au sein de l’équipe du Stade Français dansle Grand Prix de première division (le meilleur championnat national par équipe, où évoluent de nombreuses internationales licenciées en France) . Ses résultats individuels ont vite progressé : plusieurs top 10 et même des top 5 en grand prix la saison dernière, qui devraient à court terme lui ouvrir les portes de l’équipe de France.

“J’aurai même pu prétendre à une sélection dès cette année mais les critères - pourtant très stricts sur le papier - n’ont pas été respectés et les filles prises l’ont été pour leur palmarès et moins pour leurs résultats récents. Ainsi en course à pied je suis actuellement la 3e duathlète française avec une référence à 34’53” sur 10 bornes mais cela n’a pas vraiment été prise en compte.” regrette t elle.


“Le sport, c’est ce qui me fait vibrer!”


Néanmoins, Marion semble motivée comme jamais lorsqu’elle évoque ses futures ambitions : “Pour l’instant, je m’entraîne et cela se passe bien. Seule, en duo avec un ami du club etparfois avec tous les triathlètes du Stade Français. C’est un peu dur parfois d’enchaîner avec les heures de travail - où je suis souvent debout - mais mon job à la Boutique Marathon m’apporte plein de choses. C’est aussi un choix à assumer : j’ai tourné le dos à une carrière de podologue car cela ne m’aurait pas permis de continuer le sport à haut niveau. Mon père m’a soutenu dans ce choix, ma mère a plus de mal, même si elle me soutient aussi. C’est vrai que ce n’est pas facile d’être parfaitement sereine avec un demi-salaire car les primes en duathlon sont difficiles à aller chercher et que mon club n’a pas les moyens de me rémunérer, mais j’apprécie ma vie. Je vais boucler mes diplômes fédéraux d’entraîneur pour pouvoir être payée sur du coaching et passer le diplôme de maître-nageur afin d’assurer mes arrières tout en poursuivant ma carrière sportive.  J’ai la chance d’avoir un compagnon également passionné de triathlon qui me soutient. Certes, nos vies tournent beaucoup autour du sport, ce que même certains membres de ma famille ont du mal à comprendre, mais actuellement, c’est ce qui me fait vibrer ! “ conclut elle avec le sourire.


Nous retrouverons donc Marion sur les fronts du triathlon (une discipline où elle espère progresser mais qui l’a déjà vu briller sur les longues distances où la natation est moins cruciale comme le prouve sa 8e place sur l’épreuve de l’Alpes d’Huez) et du duathlon cette saison. Mais aussi de la course à pied, puisqu’elle aura à coeur d’améliorer encore sa marque sur 10 kilomètres au sein de l’équipe de la Boutique Marathon.