Le bonheur & La déception, deux ennemis qui s’entendent bien

 

Un échec et un succès. Marc qui pleure de tristesse et Jeff qui pleure de joie. Comme on a appris la même semaine que ce marathon que l’industrie automobile allemande réputée fiable et loyale triche finalement sur ses tests environnementaux, c’est comme ça, la vie est souvent binaire.
Je me souviens d’ailleurs d’une anecdote. 3 ans après avoir eu notre petit garçon, je n’oublierai évidemment jamais cette soirée de mai 2010 où mon épouse allait donner vie à notre second enfant dont, par choix, on ignorait encore le sexe. En quelques secondes ma femme est passée d’une profonde déception indissimulable à un bonheur indescriptible. Amusé de la situation j’avais tout-de-suite compris qu’elle était entrain d’imaginer ce qui était le cordon ombilical comme le sexe de notre « fille »…

“Tout ou rien”, “bon ou mauvais”, “beau ou laid”, “facile ou difficile”, “heureux ou triste”. La pensée binaire nous donne l’illusion que nous avons les réponses à toutes les questions de la vie quand, en réalité, nous ne savons pas. S’engager dans ce type de pensée peut finalement causer beaucoup de problèmes inutiles et créée souvent un faux choix entre A et B alors que C serait peut-être un choix préférable.

 

Et si pour gagner, il faut quand-même souvent prendre le risque de perdre, cette expérience berlinoise, nous a finalement appris à encore un peu mieux nous adapter…

 

Jeff, la réussite par l’autosuggestion consciente


Le discours intérieur


 

« Je connais plusieurs de mes défauts et le pire c’est qu’il y en a encore beaucoup d’autres que j’ignore », et la bonne nouvelle, c’est que c’est probablement la même chose avec mes qualités. Je suis aujourd’hui persuadé que notre dialogue intérieur va conditionner notre comportement.

En d’autres termes, j’essaye de repérer dans mes discours intérieurs tout ce qui est de l’ordre de la dévalorisation, de l’interprétation abusive qui me déprécie et j’essaye au maximum de le remplacer par des pensées au discours plus positif de façon à éviter une dévalorisation paralysante.

 

Se détacher du passé et se rattacher uniquement à ce que l’on veut

 

Difficile d’oublier que la veille du marathon, à cause de cette fichue douleur au genou, j’avais encore du mal à descendre les escaliers. Que la veille, dans ce parc de l’Allemagne de l’Est, qui porte d’ailleurs encore les traces des bombardements soviétiques de 45, je peinais à suivre en footing mes copains, Anne-Laure, JC et Marc avec qui nous partagions l’aventure. Difficile aussi d’oublier qu’il y a un mois j’ai abandonné une course parce que j’étais incapable de courir. Difficile d’oublier qu’il y a quelques mois se posait la question que je puisse ne plus jamais pratiquer ma passion. Difficile aussi de sortir de mon esprit certaines personnes ou certaines choses qui m’ont transmises des wagons de croyances limitantes et qui entretiennent un regard et un état d’esprit négatif sur moi-même. Comment réussir à croire en moi-même ? Je dois rendre à ces choses et à ces gens leurs convictions et construire un système de croyance qui m’est propre et qui correspond à ce que je veux ! « 2h39’, j’en suis capable !!!». « J’ai déjà couru plusieurs marathon sous les 3’45’’ !!! ». « Impossible que mon corps l’ait oublié !!! ». Je cherche des preuves et finalement, j’en trouve : tous ces derniers entraînements au seuils à 3’40’’ au kilo ou encore des lendemains de sortie longue où mes cuisses me chuchotaient qu’elles avaient finalement bien récupéré. J’établis des liens émotionnels avec mes convictions. Et je finis par y être suffisamment attachés pour ignorer les faits qui viendraient contredire mon objectif de septembre 2015 !

 

Ce câblage a priori surprenant de mon cerveau a une fonction bien pratique. En généralisant cette conviction sous forme de vérité universelle, je cartographie mon « succès » et je me le rends compréhensible.

 

De l’idée à l’action

Le passage à l’action, quitte à le faire à petits pas… C’est combien au kilo 2h39’ ? 3’46’’ à chaque kilo et je suis dans les clous ? Ca je sais faire ! Plus aucunes projections, il est 8h55, on est le 27 septembre 2015 et nous sommes plus de 50 milles sur la ligne de départ d’un des 6 plus beaux marathons du monde avec Chicago, NY, Boston, Londres et Tokyo, à attendre que le coup de pétard soit tiré. Ma ceinture Joggup qu’a fait gagner les « Europe » à mon amie Christelle DAUNAY est pleine de ravitaillement bien choisi chez OVERSTIM. Je me suis enduit les jambes de DISSOLVUROL. Mes textiles ASICS et mes DS Trainer m’ont prouvé leur efficacité. Ma POLAR M400 est restée toute la nuit à charger, je ne tomberai donc pas en rade. Alors, la seule chose que je surveillerai, kilo après kilo, ce sont mes 42 temps de passage…

 


3'50", 3'35", 3'36", 3'37", 3'41", 3'38", 3'38", 3'38", 3'40", 3'39", 3'44", 3'43", 3'40", 3'41", 3'41", 3'40", 3'44", 3'43", 3'43", 3'42", 3'39", 3'40", 3'45", 3'42", 3'44", 3'40", 3'46", 3'46", 3'43", 3'39", 3'46", 3'46", 3'45", 3'51", 3'54", 3'53", 3'53", 3'57", 3'55", 3'55", 3'49", 3'39" et 41" pour les 200 derniers mètres ! 2h37’, le compte est plus que bon !!!

 

 

Un an, jour pour jour, après le plus beau jour de ma vie de sportif, 400 mètres après la porte de Brandenbourg, dans un bonheur indescriptible et dans une émotion qui ne me permet plus de contenir mes larmes, j’ai l’impression de revivre ces mêmes sentiments de plaisir rare mais intense où le temps est en suspend…

 

 

Marc, contraint à l’abandon ou la gestion de sa « courbe de deuil »

  

 

Si nous nous accorderons finalement tous à penser que l’échec est partie prenante de l’apprentissage, à chaud, elle est quand-même assez souvent dévastatrice…
Tu n’as pas tous les ans l’opportunité de courir LE marathon le plus rapide du monde et alors, abandonner un « Berlin », c’est vivre un véritable deuil ! C’est terrible, il y a comme un sentiment de perte.
Si les émotions s’emmêlent, elles évoluent finalement toujours dans le même ordre. Ce qui nous différenciera, ce n’est que le temps qui espace chacune de ces 9 étapes.

 

Le choc

Si les 28 premiers kilomètres de Marc se sont enchaînés aussi précisément qu’une horloge à un rythme ultra régulier de 3’30’’ au kilo, au bout d’1h45’ de course, c’est la sidération. Ce pied finalement toujours aussi fragilisé lui a dit « STOP » ! Au-delà de la douleur insoutenable, immédiatement, tu ne peux pas être autrement que déstabilisé…

 

Le déni

« Mais pourquoi moi ? », « Ce n’est pas possible ? », « Ce même pied qui m’a fait louper NY… », « Je ne peux pas y croire »,…

 

La colère

« Pourquoi moi ? », « Qu’est-ce que je n’ai pas bien fait ? », « Pourquoi des trailers enchainent des courses de 80kms tous les trois semaines sans se blesser alors que moi je n’arrive même plus à courir un seul marathon par an ? »
La rage, le dégoût, la rancœur, l’accusation, le transfert de la responsabilité sur les autres. Bref, comme un ciel sombre et orageux qui efface un plafond berlinois bleu et radieux, c’est la colère…

 

La peur

« Suis-je définitivement fichu pour la course à pied ? », « Qu’est-ce que je vais devenir ? », « Qu’est-ce que je vais faire une fois rentrer à la maison ? »…
C’est l’angoisse. Cette blessure apparait comme insurmontable.

 

La tristesse

C’est finalement, l’étape la plus décisive. Comme si on prenait conscience qu’on ne pouvait finalement pas tomber plus bas. C’est le moment où on prend conscience que ce qui a été fait, a été fait et qu’on ne pourra de toute façon rien changer. T’as beau t’appeler Marc LOZANO et faire preuve d’une sagesse exemplaire, tu te caches pour pleurer…

 

Il est temps de remonter la pente !!! On rechausse les runnings !!! Et on amorce, enfin, la sortie de l’impasse…

 

 

L’acceptation

C’est le moment où tu n’es plus l’objet du deuil. Tu passes enfin au premier plan.

 

 Le Pardon

Tu renonces à l’illusion de toute puissance. Tu arrêtes de te laisser envahir par ce sentiment douloureux de culpabilité. Et tu te pardonnes à toi-même.
Et viens le « pardon » à la hauteur de la perte.

 

La Quête du renouveau

Comme une révélation, tu découvres le cadeau caché. « grâce à cet abandon, je vais pouvoir mieux envisager en profondeur la guérison », « j’ai identifié des nouvelles pistes qui faudra absolument réutiliser dans mes prochains plans », « Si je remets ma casquette de coach, dans le futur je saurai comment mieux gérer un de mes athlètes qui vivra cette même situation », « mon exemple et la gestion de ce deuil peut m’aider à mieux accompagner certains de mes gars quand ils seront blessés ». Il s’agit en fait de reconnaître que cette situation nous a fait découvrir des choses non envisageables dans l’ancienne situation.

 

La sérénité

Sans excès d’émotion, Marc a finalement fait la paix assez rapidement avec ce moment. Il vit dans le présent et ce qui lui arrive dans son quotidien à plus d’importance que ce qui lui est arrivé dans le passé.

 

Et la bonne nouvelle c’est que la déception de Marc digérée, les indissociables acolytes, ont déjà, au bout de la piste, un nouveau projet qui se dessine…