Jeff TATARD, athlète du team Boutique Marathon, en partenariat avec ASICS, a brillament participé au Marathon du Mont Saint Michel qui se déroulait le weekend dernier. Il a terminé à une très belle 18ème place dans le très bon temps de 2h38'49. Il a accepté de répondre à nos questions, à chaud.

Jeff à l'arrivée du Marathon du Mont Saint Michel


" Boutique Marathon : Avant le marathon quel était ton objectif ?
Jeff Tatard : Avant le départ, les seules vraies indications étaient les allures et la perception à l’entraînement. J’ai participé à quelques compétitions dans la préparation mais où la performance n’était pas l’objectif. Alors avec Marc (LOZANO, l’entraîneur), nous avions tablé sur 3’40’’ au kilo ou 2h34’ sur la distance totale. Et plus intérieurement, je savais que, de toute façon, j’aurai su trouver satisfaction quelque soit le résultat. Après les championnats de France de 100kms, l’année dernière, je n’ai jamais pu vraiment recourir. J’ai traîné une aponévrosite pendant plus de 10 mois. Après avoir essayé tous les traitements de la Terre, il a fallu que j’investisse dans une injection plaquettaire, le jour de mon anniversaire (Rire) pour enfin apercevoir la lumière au fond du tunnel.

 

B.M. : Que penses-tu de ta performance ?
J.T. : Je suis vraiment heureux parce qu’en réalité, je n’espérais pas beaucoup mieux. Ça ne fait que 11 semaines que je recours vraiment et quelques douleurs au pied persistent encore un peu. Pourtant, je suis parti sur 3’38’’. Et en prenant, moins de risque, j’aurais peut-être fait 2h35’. Mais pas mieux… En courant, je me suis vite rendu compte que la course est plus difficile qu’elle en a l’air. Et puis la kenyane sensé batte le record de l’épreuve et que je devais accompagner n’était pas au niveau des espérances de l’organisateur. J’ai du crapahuter seul les ¾ de la course. Ce que j’analyse également comme positif, c’est que lorsque j’ai connu le « mur », je ne me suis pas trop démobilisé mentalement. J’ai perdu du temps évidement mais j’ai su me raccrocher sur la filière du dessous. C’est d’ailleurs étonnant de regarder mes kilos d’après « mur ». Généralement, quand tu pètes, tu vas de moins en moins vite. Là, ils sont réguliers à 3’58’’. Dans une douleur sans nom (j’ai d’ailleurs perdu mes deux ongles de pouce de pied) mais j’en ai fait dix comme ça. J’imagine que c’est lié à l’expérience.

 

Jeff au Marathon du Mont Saint Michel 2014B.M. : Pourquoi avoir choisi le Marathon du Mont Saint Michel ?
J.T. : Pour au moins 3 raisons :

- La première, je suis breton, et un breton est toujours très fier d’être breton. Alors si : « Le Couesnon dans sa folie mit le Mont en Normandie », et bien aujourd’hui, j’avais décidé que le Mont redevienne breton (Rire). Plus sérieusement, as-tu déjà participé à une compétition en Bretagne ou du coup en Normandie ? C’est la fête. Les gens se déplacent. La ville s’arrête pour vivre au rythme de l’épreuve. Le Marathon du Mont St Michel c’est un des plus beaux marathons.

- La seconde, je ne me voyais pas manquer le Marathon de Paris, début avril, mais impossible d’aspirer à une performance par rapport aux délais de reprise d’après blessure. La solution : accepter une deuxième fois la mission de meneur d’allure et courir pour les autres et « décaler » le pic de forme à fin mai. J’avais vu mon pote Chris MORVAN avec ce même programme l’année d’avant (meneur 3h00’ à Paris 2013 et 4è au Mont St Michel en 2’31’’, 1 mois et demi après). C’est lui qui m’a donné l’idée.

- Et enfin, quand j’étais enfant, je contemplais ChauChau monter la côte des Gardes sur Paris-Versailles. Et aujourd’hui, c’est mon ami et c’est un peu lui qui m’a invité sur l’épreuve.

 

B.M. : Comment l’as-tu préparé ?
J.T. : On va dire prudemment. Aucune séance sur piste par exemple. Alors qu’on commence souvent un plan d’entraînement marathon par de la VMA courte. J’ai fait l’inverse pour ne pas trop resoliciter le pied qui m’a causé 10 mois de galère trop tôt. J’ai changé quelques petites choses aussi au niveau de la PPG. Pour me protéger, j’ai intégré des exercices de proprioception par exemple. Sans m’en inquiéter, je ne suis jamais vraiment allé très vite sur mes allures d’entraînement. J’ai complété avec énormément de vélo : d’exigeantes séances de PMA sur Home Trainer mais aussi des sorties de 120 bornes sur la route. En fait, j’ai toujours été habitué à faire beaucoup de sport. Je touche un peu à tout. C’est parfois plus de 20 heures que j’y consacre dans la semaine. Et puis, j’ai surtout une grande confiance en Marc. A vrai dire, on ne s’est jamais loupé lorsqu’on s’est fixé un objectif ensemble. Ça fait 20ans qu’on est pote. On est très lié. Juste devant celui de ma femme et celui de ma chef, son numéro est le plus utilisé de mon iphone. Disons aussi que je m’étais fait une promesse : ne jamais manquer une seule des séances qu’il me concocte quelle que soit la contrainte. Ce n’est pas toujours simple de tout concilier. Je suis cadre dans l’industrie vétérinaire mais je suis aussi marié et nous avons deux enfants. Ça demande de l’organisation et beaucoup de conciliance pour ceux qui partagent ton quotidien. Je crois que je ne suis pas quelqu’un de très doué à la base mais j’ai la chance de trouver le sens positif des choses de façon assez rapide.

 

B.M. : Quels sont les prochains objectifs ?
J.T. : Il va falloir se reposer un peu mentalement. Parce que mon vrai objectif de l’année, c’est le 100kms de MILLAU fin septembre. Il vient pourtant de faire une entrée fracassante dans le monde de l’Ultra en gagnant Belvès mais, je vais défier Jérôme CHIOTTI dans son fief (Rire). En attendant, j’ai la chance de pouvoir participer avec Jean-Christophe SAVIGNONI et Marc à l’étape du Tour. Ça va me permettre de faire autre chose et de rompre un peu avec les habitudes des dernières semaines. On va passer un week-end probablement fabuleux entre copains et essayer de faire revivre dans le col d’Hautacam, le fantôme du seul qui ait réussi à déchoir un jour le roi Eddy (Non, je dis ça parce que JC connait tellement de monde qu’on a failli dormir chez la femme de Luis OCANA (ndlr : ancien cycliste vainqueur du Tour de France en 1973) ). En tous les cas, ça va faire beaucoup de bien mentalement de faire un peu autre chose avant de réattaquer une prépa aussi exigeante. Je pense que c’est absolument nécessaire."

 

Après avoir observé une période de récupération, Jeff se préparera pour les 100km de Millau? Nous essaierons de vous faire suivre sa préparation, semaine après semaine.

 

Jeff, en quelques chiffres :
- 10km : 33'37
- Semi-marathon : 1h12'35"
- Marathon : 2h34'16"
- 100km : 7h46'23"