Christelle Daunay est recordwoman de France sur marathon et 10 000 mètres. Elle est également championne d'Europe en titre sur la plus longue des distances olympiques et s'apprête à défendre ses chances aux Jeux-Olympiques de Rio. Elle sera la seule représentante française, tous sexes confondus, sur les mythiques 42,195 kilomètres, mais au-delà de cette participation, elle figure aussi parmi les bonnes chances de médailles françaises en athlétisme.

 

Forte de son titre européen, de son expérience en grands championnats et de ses places d'honneur sur les grands marathons mondiaux, elle aborde l'épreuve avec sérénité et ambition. Nous l'avons rencontré à quelques jours de son départ pour le Brésil.

 

Christelle, victorieuse aux Championnats d'Europe à Zurich en 2014

 

Tout d'abord, un point sur ces Jeux Olympiques. Dans quelle optique les abordez vous? Quel sera votre objectif. Le fait d'y arriver avec le titre de championne d'Europe a t il beaucoup changer votre perspective ces deux dernières années ? Une médaille vous semble t elle possible ?

 

Il s'agit de ma 3ème qualification aux Jeux olympiques et ma 2ème participation. En effet, en 2008, j'ai découvert cet univers en prenant une belle 20ème place dans un chrono de 2h31'48. En 2012, j'ai déclaré forfait suite à une blessure contractée 15 jours avant l'épreuve. Et 2016 se présente à moi avec une expérience plus solide et une envie toujours aussi présente.

 

Le fait d'être championne d'Europe m'a surtout apporté plus de reconnaissance aux yeux du grand public. Pour ce qui est de mes ambitions pour Rio, je ne cherche pas à faire d'effet d'annonce mais au championnat d'Europe, j'ai devancé la vice championne du monde Valeria Straneo, j'ai toujours figuré dans le Top5 des marathons "majors" auxquels j'ai participé (3, 4 et 5ème à New-York, 4ème à Chicago), 3 podiums au marathon de Paris. Donc, je sais que j'ai le potentiel pour être sur le podium olympique. Mais vous savez, peu importe le palmarès car à chaque préparation les compteurs sont à zéro donc à moi d'optimiser mes entraînements afin de connaître mon potentiel le 14 août.

 

Parlez-nous du déroulement de votre préparation. Les championnats d'Europe du 10 000 m où vous avez terminé 13e s'inscrivait-il totalement dans vos plans?  Le déroulement de votre saison vous a-t-il donné de la confiance?

 

Le début de préparation ne s'est pas passée comme je le souhaitais. En effet, j'ai subi une fatigue physique suite à 2 bons mois d'entraînement en janvier, février. J'ai dû réadapter ensuite l'entraînement puisqu'il fallait prendre en compte et suivre l'évolution physique. Fin avril, nous avons décidé avec mon coach Cédric Thomas de faire un bilan de ma forme en prenant part aux France de 10000m et profiter de cette course pour aller chercher les minimas pour les Europe. Ce fut chose faite en réalisant une bonne course solitaire (32'43). Ensuite, j'ai repris l'entraînement comme il se doit. Après un beau titre de championne de France sur 10Km à Langueux, j'avais comme ultime course avant les JO, les Europe de 10000m. Avec une référence inférieure à mes adversaires et une course de folie ce jour là, je n'ai malheureusement pas réalisé une belle performance : 13e en 33'03. Dès le lendemain, je repartais en France pour finir ma préparation jusqu'aux JO. Depuis, j'ai de bonnes sensations et la route vers Rio se poursuit sereinement.

 

Christelle, à l'occasion des championnats de France de 10 000m à Charléty en 2016

 

Pouvez-vous nous donner l'exemple d'une semaine type d'entraînement dans cette phase finale de préparation ?

 

J'ai réalisé l'intégralité de ma préparation dans le bois de Vincennes sans dépasser 180 kilomètres semaine. J'entretiens ma VMA, développe ma vitesse spécifique, mes footings vont de 12km pour le minimum à 35 pour le maximum. Je maintiens également le renforcement musculaire et veille à une bonne alimentation et hydratation pour une meilleure récupération.

 

Les JO sont un évènement à part dans l'univers du sport. Pour vous, c'est très différent d'un mondial ou d'un championnat d'Europe ?

 

Les JO sont l'événement par excellence que tout sportif souhaite faire. 4 ans de pensées uniques en vue de se qualifier, d'avoir le fameux sésame et de de ne pas se blesser pour aller aux JO. C'est le monde entier qui aura les yeux rivés sur nous pendant 15 jours. Le rêve de tout sportif. Quant à l'événement, de pouvoir vivre quelques jours avec Tony Parker, Teddy Riner dans les mêmes locaux en toute simplicité c'est vraiment un moment à vivre.

 

Avez-vous repéré le parcours de Rio? Vous pensez que les conditions climatiques seront un facteur à prendre en compte dans votre tactique de course?

 

Je ne me suis pas rendue à Rio pour reconnaître le parcours. Celui-ci a été dévoilé officiellement depuis peu de temps. Les photos et les renseignements que j'ai sont que le départ et l'arrivée se feront au Sambodrome (lieu du défilé du fameux carnaval de Rio). Nous aurons 4kilometres pour rejoindre la plage de Copacabana que nous longerons dans un sens puis dans l'autre à 3 reprises (3 boucles de 10km) puis retour au départ par un itinéraire 2fois plus long qu'à l'aller puisqu'il fera 8km.

 

Le parcours sera donc plat avec de nombreux demi-tours. La température est annoncée aux alentours des 20-25° avec un départ donné à 9h30 (14h30 heure française). L'humidité sera le facteur certainement le plus gênant avec très peu d'ombre le long du parcours.

 

Il faut évidemment prendre en compte tous les paramètres et ma stratégie de course sera étudiée la veille avec la faculté de faire évoluer celle-ci au cours du marathon.

 

Enfin vous serez la seule représentante française (homme et femme d'ailleurs) sur le marathon. Certains diront "l'arbre qui cache la forêt"... Comment voyez-vous l'avenir du marathon français à haut-niveau? Ne pensez-vous pas qu'à l'instar d'autres fédérations la FFA aurait dû abaisser un peu les minimas (notamment chez les hommes, où le niveau de performances en Europe est en déclin) ? Des minimas un peu plus accessibles ne seraient-ils pas plus encourageant pour une génération d'athlètes aux prises avec les contraintes de la vie en dehors de la course, puisqu'il ne peuvent pas tirer des revenus financiers suffisants de leur seule activité athlétique? (Je pense notamment à des garçons comme Benjamin Malaty...). 

 

Je suis optimiste sur l'avenir du marathon Français, sans vouloir citer un athlète plus qu'un autre. Il y a un réel vivier. Par contre, je ne pense pas qu'il faille attendre que les choses tombent du ciel.

 

Avec l'équipe de France de cross feminine à Hyères en 2015

 

Lorsque vous parlez des contraintes de la vie en dehors de la course, vous pensez que pour moi ça a été facile? En 2005, j'avais une bonne situation puisque j'exerçais mon métier de kiné, puis un jour, j'ai souhaité me donner la chance d'essayer le haut niveau avec pour ambition de me qualifier aux jeux olympiques de Pékin alors que je n'avais jamais abordé cette distance. J'ai donc démissionné, sans aucun revenu, sans rien demander à personne. Mes premiers pas furent concluants. De là, mon équipementier Nike qui me donnait une dotation a fait évoluer mon contrat sur du financier et j'ai découvert les jeux olympiques.

 

Les minimas exigés par la FFA ne sont pas fixés au hasard, ils émanent de statistiques et de la ligne de conduite que souhaite donner la DTN. Ensuite, les différents points de vue s'opposent. Mais pourquoi rendre les minimas plus faciles sur marathon que sur 100m ou une autre discipline ?

 

Personnellement, je n'ai pas couru derrière les minimas (d'ailleurs lors du marathon de New York en 2015, ils n'étaient pas encore connus). J'ai toujours couru mon marathon au meilleur de mes capacités de ce jour là. Si, par exemple, j'avais 2h32 dans les jambes, je partirai au suicide en partant sur des bases de 2h30. Le marathon est une épreuve vérité.

 


Lors du dernier semi-marathon de Paris, bien entourée par Marc LOZANO (dossard 62) et Frédéric BOUVIER (dossard 61), son conjoint.

 

Nous remercions Christelle DAUNAY de nous avoir accordé de son temps pour répondre à nos questions et nous lui souhaitons la plus grande des réussites pour son marathon olympique.