#breaking2 : 2ème partie



Direction #breaking2

 

Bien que je ne sois pas du matin, pour rien au monde je n'aurais manqué de me réveiller. Briefing rapide dans le calme total, j'ai senti l'impatience chez chacun de mes camarades. C'est à pied que nous nous rendons vers le circuit et la grande ligne droite faisant office d'arrivée du breaking2. En arrivant, nous sommes orientés vers le bord du circuit. On ne pouvait pas être plus prêt de l'événement. L'ambiance est calme, les lumières rouge, bleu et blanche éclaire cette nuit sombre et nous plonge dans le vif du sujet. Vers 4h45, la grosse vingtaine de pacers arrivent sur cette ligne d'arrivée, plutôt détendus, puis les trois héros du jour, à l'apparence tout aussi détendue. J'y reconnais très vite Bernard Lagat, emblématique coureur américain, et Julien Wanders, franco-suisse ayant récemment battu le record de France du 10 000m sur piste en 28'06. Puis ce sont les trois héros du jour qui apparaissent sous nos yeux : Lelisa Desisa, Zerzenay Tadese et Eliud Kipchoge sont accueillis par une salve d'applaudissements, montrant le respect et l'attente des 300 à 400 spectateurs présents. Bien que la température ne soit pas très élevée, l'ambiance y régnant suffisait à nous réchauffer. Et l'heure de l'échauffement des athlètes est arrivée, nous laissant dans l'attente du grand moment au rythme des différents spots diffusés sur les écrans géants pour nous présenter le projet dans les détails : préparation, travail sur les produits avec les athlètes, tests...

 

 

Top départ du #breaking2.

 

5h45, le départ est donné. Les 3 mousquetaires se positionnent derrière les 6 premiers pacers, positionner de manière stratégique sur deux lignes et en V afin de les protéger au maximum et de les mener sur le tempo juste incroyable de 2'50/km, imprimé par la voiture ouvreuse. Pour tout vous dire, lors de mes plus belles années, j'aurais pu envisager de les suivre sur 3km, et encore...

 

 

La mission et l'organisation des pacers étaient juste incroyable. A chaque tour, les 3 lièvres positionnés en première ligne se rangeaient sur le côté pour laisser la place à 3 nouveaux qui venaient s'intercaler entre les pacers qui étaient en deuxième ligne et les coureurs. Millimétrée et je sentais dans l'attitude des pacers qu'ils vivaient leur mission de façon très intense, constamment en veille sur leur positionnement et sur la distance qui les séparaient de la voiture meneuse.

 

Les tours s'enchainent et nous pouvons les voir passer devant nous toutes les 6'50 environs. Autant vous dire que le temps passe finalement très vite. Et au fur et à mesure, la ferveur monte en intensité.

 

Aux alentours du 18ème kilomètres, on aperçoit Lelisa se faire décrocher. La sentence est irrévocable et sur ce genre de parcours, cela ne pardonne pas et cela semble de profiler vers un long raid solitaire pour lui. Et nous nous époumonons à chaque tour pour l'encourager et lui donner la force de continuer. Puis peu après l'heure de course, c'est au tour de Zerzenay de lacher prise et laisser Eluid seul avec les pacers pour réussir l'impossible.

 

 

Les temps de passage sont en effet stratosphérique pour le commun des runners : 14'14 au 5K, 28'21 au 10K, 59'57 au 21K, 1h25'20 au 30K et 1h54'04 au 40K. Jusqu'au 37ème kilomètre, Eliud semble impassible et se trouve dans les allures. Les 5 derniers kilomètres montrent les premiers rictus sur son visage et je m'aperçois qu'il commence à perdre du temps. La stupeur se fait sentir parmi les spectateurs mais on se regarde et on se dit, il va le faire, il va arriver à relancer. Cela ne peut pas être autrement. Puis vient le temps de la dernière ligne droite. A 200m, les pacers se rangent une dernière fois, laissant la place à Eliud qui va pouvoir savourer ce moment face à une foule de privilégiés totalement acquis à sa cause. 2H20'25 s'affiche sur le chronomètre et là, un grand moment de silence. Peut-être une ou deux minutes où l'on se regarde, on ne comprend pas pourquoi il échoue de si peu. Puis, la réalité refait surface. L'exploit réalisé par ce petit homme d'1m67, de courir 42km à 21km/h demeure juste époustouflant et il est devenu, quoiqu'il arrive, le marathonien le plus rapide de l'histoire. Sans parler de record du monde bien évidemment, les conditions n'étant pas réunies pour le valider, mais l'objectif était'il vraiment là ?

 

Paula Radcliffe, Kevin Hart et Carl Lewis, ambassadeurs de la marque au Swoosh saluent la performance d'Eliud Kipchogue. Très marqué à l'arrivée, il a néanmoins trouvé quelques ressources pour venir saluer ses supporters et signer quelques autographes. Il ne s'est pas attarder, je ne lui en veux pas. Je sais ce que c'est de terminer un marathon, et surtout ce que c'est de marcher après un marathon.

 

 

 

Entre temps, Zerzenay est arrivé en un peu plus de 2h06, lui qui avait une meilleure performance de 2h10 puis Lelisa, au courage, a franchit la ligne d'arrivée en 2h14, très entamé par les efforts fournis.

 

A l'issue de la course, les pacers se sont tous réunis pour porter en triomphe Eliud puis une cérémonie protocolaire a eu lieu et a été orchestrée par Sir Carl Lewis himself.

 

 

 

C'est avec des étoiles pleins les yeux que j'assistais à ces scènes de liesse et de joie. Car oui, la barrière des 2 heures n'a pas été atteinte mais la performance réalisée reste malgré tout incroyable.

 

Encadré : Breaking2 : une nouvelle ère pour les records?

 

La performance hallucinante d’Eliud Kipchoge, 2h00'24", même accomplie dans des circonstances exceptionnelles, semble ouvrir de nouvelles perspectives à l'heure où l'on s'interroge sur la validité des records du passé.

 

En plus d'une opération marketing plus que réussie, Breaking2 est une grande réussite sur le plan sportif. Certes, l'objectif des deux heures n'est pas atteint, pour 25 petites secondes, mais la performance restera historique.

 

La marge avec laquelle Eliud Kipchoge a battu le record du monde officiel est impressionnante. Alors que l'on pensait un temps aussi proche des deux heures presque impossible, l'athlète kenyan et l'équipe technique de Nike ont prouvé que la barrière des deux heures sur 42,195 m était franchissable.

 

Une performance officieuse, mais vraie !

 

Certes, les conditions, le parcours, les lièvres et la voiture ouvreuse ne sont pas du tout réglementaires, mais la course n'en est pas moins réelle.

 

Cette performance ne cesse bien entendu pas d'alimenter les doutes : une préparation technique et technologique aussi pointue s'est elle accompagnée d'une préparation médicale aussi poussée ? Certains se poseront forcément la question.

 

Bien sûr, le doute est permis. Une telle progression, à l'heure où la fédération européenne d'athlétisme évoque l'idée de tirer un trait sur les records établis car certains sont entachés de soupçons de dopage étayés par de nombreux témoignages, est forcément suspecte. Cependant, si on analyse vraiment cette course, on peut se demander si elle est bien plus impressionnante que d'autres performances réalisées sur marathon dans des conditions "classiques".

 

 

Les progrès de Kipchoge ?

 

Eliud Kipchoge, dont le record personnel officiel est très proche du record du monde, est sans doute un des meilleurs spécialistes actuels. Sa carrière, malgré une éclipse de quelques saisons plus fades, est émaillée de grandes performances : sur piste d'abord, où il obtient à 18 ans son premier titre mondial à Paris en 2003, puis sur route. Sa carrière sur marathon montre très vite qu'il est sans doute l'un des athlètes les plus rapides sur piste à s'être bien adapté à la distance. Records et vitesse de base, physiologie personnelle adaptée et expérience, il était le mieux armé pour s'attaquer au mythe.

 

Reste qu'un gain de près de trois minutes, c'est énorme à ce niveau de performance de pointe. Seulement la progression n'est peut-être pas si forte. La présence de lièvres tout au long de la course, le parcours étudié pour la performance, la voiture ouvreuse et le temps idéal ont sans doute fait beaucoup. Les points de comparaison sont peu nombreux. On peut sans doute tenter un parallèle avec certains records sur piste : "parcours" idéal, lièvres qui tirent le coureur de pointe pendant une grande partie de la course, public très présent et très proche, musique... Les conditions sont également optimisées pour la performance. Dans ce cadre, on note une certaine différence entre les performances réalisées sur piste et sur des courses sur route classiques, notamment sur 5 et 10 kms. L'idée de créer des conditions proches sur marathon, en optimisant même encore plus, peut sans doute créer un écart assez important, qui explique ce gain.


L’importance des lièvres.

 

L'autre comparaison possible est celle des records féminins sur marathon avec ou sans lièvres. Lorsque Paula Radcliffe réalise son fameux 2h15 à Londres en 2002, elle est ainsi escorté jusqu'au bout par des coureurs Kenyans. L'avantage est sans doute important : son record n'a pas été approché dans une épreuve "uniquement féminine" à moins de deux minutes. Or, une telle configuration ne s'était jamais vue chez les hommes, avant cette tentative Breaking2.

 

Alors oui, la course d'Eliud Kipchoge est fabuleuse et la performance peut laisser pantois, mais après tout pas beaucoup plus que le record officiel réalisé dans des conditions classiques et bien moins favorables.

 

Penser que d'autres tentatives d'optimisation de ce type vont suivre n'est bien entendu pas exclu. Pour une nouvelle ère des records? A suivre...

 

 

Mon #breaking2


 


Vers 8h30, et oui seulement, nous sommes invités à retourner au camp pour le petit déjeuner. Au cous de celui-ci, on nous informe qu'à notre tour nous allons pouvoir fouler la piste de Monza pour un défi sur 5km, soit un peu plus de deux tours. Et là, je me dis : 5k, c'est pas long, ça va le faire, t'en fais pas, même si tu n'as pas fait un footing depuis 3 semaines;-).
Je file dans ma tente pour me changer et en entrant je découvre un packetage avec une paire de Nike Air Zoom Pegasus 34 coloris Breaking2, bleu ciel et rouge, et une panoplie de vêtements floqués Breaking2 : short, tee-shirt, débardeur, sweat, sac chaussures et une paire de chaussettes. Et, c'est comme un enfant que je m'empresse d'enfiler la tenue complète pour partir à la conquête du 5k.

 

 

Retour donc sur la piste du circuit, mais ce coup, nous sommes une centaine de héros. Echauffement rapide, voir quasi inexistant, et on se dirige vers la ligne de départ, située 200m avant la ligne d'arrivée. La voiture meneuse d'allure se trouve là, et on comprend très vite qu'il va falloir courir vite si on veut la suivre. Mais pour moi, hors de question d'essayer, je savais que cela n'en valait pas la peine. Je me fixe l'objectif de courir à 4'00/km, ce qui en soit sera déjà très bien.
Le départ est donné. Je me lance tranquillement et commence à remonter doucement les personnes parties devant moi. Mais je sens que l'allure est déjà largement suffisante. Fin du premier tour, je pense que je ne pourrais pas relancer, le manque d'entraînement sûrement ;-). Mais je m'accroche et je reste focus sur l'objectif fixé. Dernière ligne droite et je franchis la ligne d'arrivée en 20'00 tout rond, mais totalement HS. Il me faudra quelques minutes pour me remettre de cet effort et quelques jours pour les courbatures.

  

Le parcours est très roulant, très rapide est réellement propice à la performance. Mais psychologiquement il peut également s'avérer très usant avec ses grandes lignes droites (entre 800 et 900m chacune). Alors, mon respect est devenu encore plus grand envers les 3 marathoniens qui avaient emprunter ce parcours 17 fois quelques heures plus tôt.

 

Découvrez la 1ère partie de notre CR sur le Breaking 2 en cliquant ici.