HARRY BIGNON  : LA VOIX DES COURSES

 

Si vous ne connaissez pas Harry Bignon et que vous êtes coureur à pied, vous avez au moins sans doute déjà entendu sa voix. En effet, Harry anime les épreuves de votre passion depuis plus de quinze ans maintenant. Au point que ce coureur dans l’âme a depuis longtemps délaissé les dossards pour le micro.

 


Harry Bignon n'hésite pas à se mettre dans le thème de l'événement pour assurer le show ! (Photo : Photorunning)

 

Une jeunesse athlétique.

 

Si Harry s’est mis à animer des épreuves, c’est d’abord à la suite d’un souci de santé qui avait provisoirement écarté le jeune athlète qu’il était des compétitions. Presque un hasard. “Mon club de l’époque organisait une épreuve, la Montatou, à la Ferté Allais. Le speaker prévu était indisponible. Comme on connaissait ma culture athlétique et qu’on me savait à l’aise à l’oral, on m’a demandé d’animer la course au micro. C’est comme ça que je me suis fait remarquer.”
Nous sommes en 1999 et une perspective nouvelle s’offre à Harry. Si les espoirs de chronos et de performance s’effrite, c’est micro en main que le jeune homme se fera un nom dans le milieu de la course à pied.
Pourtant, les débuts étaient très prometteurs : Harry, ancien nageur reconverti en athlète en 1996, caracole en tête des pelotons juniors et espoirs, notamment sur 10 kilomètres et semi-marathon. Plusieurs titres départementaux et régionaux dans l’escarcelle, des records personnels déjà costauds : 34’ 17 sur 10 kilomètres (en 1998) et 1h17’ au semi-marathon (en 1997). Mais la suite sera donc davantage tournée vers le micro que vers le chrono. Car l’animation lui prend vite beaucoup de temps, et les week-ends s’enchaînent. Harry le coureur est bien devenu Harry le speaker.

 

L’animateur du moment.



Harry, ici en compagnie de Jean-Pierre Run Run à la Corrida de Noël d'Issy-Les-Moulineaux (Photo : Deville photography)

 

“A partir de 2003, l’animation est vraiment devenu un deuxième métier. J’ai donc peu à peu mis de côté l’aspect compétitif de ma pratique personnelle. S’il m’arrive encore d’épingler un dossard et de me fixer un défi, c’est parce que j’aime fondamentalement la course à pied et son ambiance. Mais c’est assez rare.” explique celui qui effectue tout de même entre trois et cinq séances de course par semaine “pour s’entretenir”, même si il avoue aussi avoir du mal à être très constant. “J’arrive à bien revenir sur certaines périodes, puis ça devient plus difficile. Dès que mon emploi du temps est serré, c’est bien sûr l’entraînement qui saute le premier…”. Il faut dire qu’Harry cumule pas mal de casquettes : speakeur bien sûr, mais aussi chef de projet dans le secteur bancaire, son principal métier et depuis un an, père de famille. “J’ai juste dû abandonner mon activité d’entraîneur après l’arrivée de ma fille, je n’avais plus le temps de bien le faire “ explique ce passionné multitâches qui n’a pas fait totalement de sa passion son métier, malgré les apparences de son succès et son professionnalisme.

 

Un deuxième métier

 

“Je n’ai jamais voulu basculer totalement dans l’animation. C’est un deuxième métier - je suis auto-entrepreneur et je cumule maintenant 40 contrats par an - mais j’ai toujours voulu garder un certain recul, faire ça par passion et non par obligation professionnelle. Si tout doit s’arrêter un jour, je redeviendrai un coureur, un participant, sans plus animé au micro…” explique celui qui reste avant tout un passionné de course à pied.
Même si certains semblent vouloir lui mettre des bâtons dans les roues, ce temps semble encore loin : Harry est très demandé et son talent d’animateur, son expertise de la discipline aussi, sont reconnus.

 

Epreuves phares.

 

Une reconnaissance qui lui a permis de travailler ces dernières années sur quelques épreuves qu’il rêvait d’animer : la Parisienne, les 20 kilomètres de Paris, devant des foules énormes.

 


En compagnie de Christelle DAUNAY, à la présentation des athlètes des 20km de Paris.

 

" Le festival des Templiers me fait aussi confiance depuis quatre ans. Je les anime au côté de Dominique Chauvelier et c'est un grand bonheur que de faire vivre ces quatre jours de courses. Il y en a vraiment pour tout le monde" explique celui qui aime alterner les épreuves sur route et le trail.
Une polyvalence qui lui va bien, même si Harry se sent tout de même plus à l'aise sur les épreuves sur route. Pour une raison simple : le jeu des pronostics, que ce grand connaisseur affectionne au micro, est plus facile sur les épreuves classiques : " Au départ d'une épreuve sur route, il me suffit d'analyser les chronos et les palmarès pour dégager facilement une quinzaine de noms, et j'ai en général le top dix. En trail, la comparaison des performances est bien plus aléatoire. Le terrain, les distances, varient beaucoup. Je dois citer au moins trente noms pour n'avoir ne serait-ce que le podium, et une surprise est toujours possible!" s'amuse-t-il. De quoi préparer quelques fiches supplémentaires pour l'animateur minutieux.
Cette année, Harry a également animé le départ du Vendée Globe, devant 350 000 personnes. Une expérience hors course à pied, mais très forte : “ C’est une immense opportunité. Quasiment la seule épreuve sportive en France qui réunit autant de spectateurs. Donc y tenir le micro, c’était fantastique…”

 

Harry lors du départ du Vendée Globe 2016, devant les 350 000 spectateurs.

 

Témoin de l’évolution de la course à pied.

 

La course à pied et l’athlétisme restent néanmoins ses domaines de prédilections. En grand connaisseur de son sport, Harry demeure aussi, week-ends après week-ends, un témoin privilégié de l’évolution sociétale et du succès populaire de la discipline: “ D’un côté, le fait qu’il y ait de plus en plus de coureurs me réjouit. Bien sûr, c’est bon signe pour ce sport, pour la société en général. De plus en plus de gens font du sport, ont des loisirs, se fixent des challenges, c’est très positif. Mais je regrette cependant la baisse du niveau général des performances, notamment sur les courses sur route au niveau régional ou national. Ainsi, je vois des juniors gagnaient des dix kilomètres dans leur catégorie en 40 minutes. De mon temps, si je puis dire, on était assez loin du compte avec ces temps-là. Quand je vois des dix kilomètres plats se gagner au-dessus de mon record personnel, ça m’intrigue un peu; surtout que les vainqueurs ne voient pas forcément la modestie relative de leurs performances, une fois replacée dans un contexte plus large…”

 

Harry l’ambianceur

 

Mais Harry n’est pas du genre à noircir le tableau. Témoin attentif et lucide de l’évolution de son sport, marqueur de la société, il sait aussi s’adapter à ces nouvelles formes de courses : “Je suis certes moins attiré par les courses purement festives comme les colors runs, car je suis encore attaché à l’aspect compétitif et je suis avant tout un connaisseur du sport athlétique, mais néanmoins j’ai vite pris conscience de l’importance de ne pas être qu’un speaker, mais aussi un “ambianceur”.

 

Il ose la moustache pour "ambiancer" les Bacchantes (Photo : Sow Style)

 

Car micro en main, Harry entend avant tout faire partager un bon moment à tous les coureurs présents, quelque soit leur motivation : "Pour moi, la course est un fantastique moyen de développement personnel. Tout le monde peut y trouver son défi. C'est vraiment une discipline populaire par excellence, qui n'exclue personne." . Une course qu'il contribue à faire vivre et vibrer, armé de son micro.