Comme le bon vin.



 

À 73 ans, Christian Moaligou continue de courir le monde du marathon avec ferveur. Pour l'un des plus anciens clients de la Boutique Marathon, épingler un dossard reste un acte de jouvence. Rencontre avec un vétéran plein d'enthousiasme.
Christian Moaligou a couru le marathon du Médoc il y a déjà longtemps. "C'était la 3e édition et personne alors ne courait déguisé. Mais j'en garde un bon souvenir." À l'image du vin proposé aux ravitaillements de l'épreuve bordelaise, Christian s'est bonifié dans la course à pied. À 73 ans, sa foulée reste alerte et il continue d'enchaîner les courses avec une ferveur à faire pâlir bien des jeunes athlètes : " Cette année, je pense enchaîner 4 marathons et 5 trails entre 30 et 50 kilomètres. Mon calendrier est bien rempli car je ne compte pas les petites courses de 10 ou 20 kilomètres que je cours quand je suis à proximité."

 

Coureur de toujours

 

Courir, Christian l'a toujours fait ou presque: " J'ai commencé à 12 ans, par la piste et j'ai continué l'athlétisme jusqu'à 20 ans. Ensuite, même sans faire de compétition, je n’ai cessé de courir un peu et de pratiquer d'autres sports." explique-t-il.
Le vrai déclic pour la course à pied frappera en effet Christian plus de 20 ans après ses dernières foulées de pistard. Nous sommes au début des années 80, notre parisien d'origine bretonne a déjà dépassé les 40 ans mais s'est donc toujours maintenu en forme. Malgré une vie professionnelle bien pleine et les obligations de la vie, la course à pied va s’inviter dans son agenda.

 

Christian sous les couleurs du club Propreté de Paris

 

En fait, c'est même une raison presque professionnelle qui le pousse à se relancer dans la course : " En 1982, je suis nommé à la tête de la propreté de Paris. Je voulais trouver quelque chose qui fédère mes équipes et je me suis dit que la course serait un bon moyen. J'ai donc fondé une équipe. J'ai réussi à réunir 70 agents, la plupart des hommes mais aussi quelques femmes, avec l'idée de courir le marathon de Paris. Naturellement, étant président de ce club, je me suis inscrit au Marathon également et l'engrenage était lancé."

 

“Allez les poubelles!”

 

Christian, tout de vert vêtu comme le reste de son équipe d’”éboueurs” parisiens, va alors arpenté les routes du marathon pendant quelques années. “L’ambiance était bonne, c’était très fédérateur et je me suis vite pris au jeu. A l’époque, j’ai vite enchaîné les courses. Notre équipe ne passait pas inaperçu. Je faisais faire nos maillots à la Boutique Marathon, et au marathon de Paris, notamment, on nous encourageait en criant “allez les poubelles!” … C’était plutôt sympa, en fait.” raconte Christian, l’oeil vif et le souvenir précis.
Les courses s’enchaînent ainsi, naturellement. Christian dévore les marathons, se retrouve chaque année au départ de son épreuve fétiche, à Paris. Il s’essaie même au 100 kilomètres : “J’en ai couru trois, mais c’était une expérience. L’épreuve de la Division Leclerc, qui reliait Paris à Rambouillet par la nationale 20 et les petites routes, m’a particulièrement marqué. Nous partions au petit matin et courions en général sous une chaleur terrible, en allant à Rambouillet par le chemin des écoliers, c’était beau.” se souvient encore notre “master 4”.

 

Reprise à la soixantaine

 

Ces années de courses et de passion laisseront cependant place à une autre période “d’abstinence” de compétition. Un changement de vie professionnelle éloigne Christian de son club de la Propreté de Paris et de nouveaux défis personnel des pelotons. “Mais j’ai tout de même continué à courir pour moi, et j’ai fait beaucoup de vélo ces années là.” précise celui qui devient pendant ce temps là chef d’entreprise. Il dirigera d’ailleurs sa société de conseils spécialisée dans les métiers aéroportuaires jusqu’à l’an dernier.

 

Christian venu récupérer son dossard pour le Marathon de Paris au Salon du Running en 2016, en compagnie de Raymonde Cornou (à droite).

 

Mais le démon de la course allait encore le rattrapper : “A l’occasion de son soixantième anniversaire, Raymonde Cornou, la fondatrice de la Boutique Marathon, avait invité tous ses amis et ses plus vieux clients à courir le marathon de Paris. J’ai donc repris un dossard à cette occasion. C’était il y a dix ans et depuis, je ne peux vraiment plus m’en passer!”.
Trois à quatre marathons par an, plus des trails, sans compter les courses plus courtes, le calendrier de Christian n’est donc pas vide. Certains enchaînements sont même des plus difficiles : “Je vais devoir enchaîner plusieurs week-ends entre trails et marathons cette année! J’ai mes épreuves fétiches, comme le marathon de Maurice, sans doute le plus beau marathon du monde, ou les épreuves bretonnes du Bretagne Ultra Trail et du Grand Raid du Morbihan.”  Un calendrier pléthorique mais qui ne fait pas trop peur à Christian, qui cherche avant tout à prendre le maximum de plaisir : “J’aime toujours autant le marathon et depuis cinq ans j’ai découvert le trail. C’est une autre façon de courir. Mon premier, c’était les 80 kms du Royal Raid! Depuis je me concentre sur des distances de 30 à 50 kilomètres et même si dans les descentes mes genoux rechignent un peu, j’apprécie beaucoup!”.

 

Frédéric Chocteau, gérant de la Boutique Marathon, a remis le nouveau maillot du team Boutique Marathon à Christian.

 

Secret de longévité

 

Des genoux qui l’inquiètent un peu, mais Christian reste très optimiste quant à la suite de sa “carrière” de coureur. “Je pense maintenant continuer à courir jusqu’à ce que la vieillesse ou la maladie me rattrappe. C’est un tel plaisir d’épingler un dossard. On se sent jeune dans le peloton!”.
Une longévité qu’il explique par une certaine modération : “Je n’ai sans doute pas trop poussé mon corps tout en gardant une activité très régulière. J’ai beaucoup de copains, bien plus rapides et plus forts que moi, qui ont dû arrêter, blessés, cassés ou dégoûtés. Je n’ai jamais été vraiment blessé. Pour moi, la course est toujours resté du pur loisir et même si j’ai un petit regret de ne pas avoir descendu un peu plus mes records (1h25 sur semi-marathon et 3h25 sur marathon), c’est une satisfaction quotidienne que de pouvoir courir encore. Et puis maintenant, en Master 4, je peux enfin accéder aux podiums, totalement inaccessibles avant!” s’amuse notre tout jeune retraité qui s’apprête à débuter sa saison 2017 du côté de Cannes et reste capable de boucler un marathon en 4h15, à 73 ans!